Historique des peintres de la Marine

Un statut en constante évolution

1830, la jeune Monarchie de Juillet inscrit pour la première fois deux peintres dans l'annuaire de la Marine, Louis-Philippe Crépin (1792-1851) et Théodore Gudin (1802-1880) en les déclarant "attachés au ministère de la Marine". Cette décision ne reposait sur aucun texte. Elle est cependant à l'origine du corps des peintres de la Marine tel qu'il existe de nos jours.

Trente ans plus tard, le département de la Marine comprend quatre peintres dont Léon Morel-Fatio (directeur du musée de la Marine de 1852 à 1871). En 1900, il y en a 32 et en 1914, 51.

En 1901, un arrêté a limité le nombre de peintres à 20, mais il ne sera jamais appliqué et annulé en 1908. Si nous le mentionnons, c'est qu'il constitue, paradoxalement, le premier texte officiel réglementant les peintres de la Marine.
Il faut attendre 1920 pour que la réalité des peintres de la Marine soit officialisée. Un décret du 10 avril autorise le ministre de la Marine à décerner le titre de "peintre de département de la Marine".

En 1924, le 3 octobre, il est accordé, pour une période de 5 ans renouvelables, à des artistes s'étant particulièrement consacrés à l'étude de la mer, des gens de mer et de la Marine.

Leur nombre est limité à 40.

Un décret de 1941 affine le statut des peintres de la Marine. Ce titre est conféré à 20 peintres pour 3 ans renouvelables. Un Salon de la Marine est en outre créé.

Un arrêté du 6 mars 1942 précise que les peintres qui ont atteint l'age de 60 ans et qui ont été peintres du département pendant 12 ans consécutifs sont nommés dans l'honorariat.

Un décret du 8 avril 1953 va supprimer cet honorariat pour le remplacer par le titre de titulaire que nous connaissons actuellement. Les peintres agréés restent limités à 20. Peuvent être nommés peintres du département de la Marine des peintres, sculpteurs, graveurs, illustrateurs ou décorateurs. En outre, le privilège de faire suivre leur signature d'une ancre de marine leur est accordé.
C'est enfin un décret du 2 avril 1981 qui définit actuellement la qualité de "peintre des Armées" (Marine) et les modalités d'attribution du titre.

Au service du rayonnement de la marine française

Mais si la lettre est relativement récente, l'esprit, lui, est beaucoup plus ancien. Cela fait en effet plus de trois siècles que la Marine s'est attachée des artistes, sculpteurs pour décorer les bateaux, peintres pour rendre compte des batailles navales ou faire le portrait des grands marins.
Richelieu eut une influence déterminante dans le domaine de la Marine en réformant la marine marchande, en encourageant les conquêtes du 1er empire colonial (Canada, Sénégal, Madagascar) mais aussi en provoquant la naissance de la peinture de marine proprement dite.

A la fin du XVIIIème siècle, Joseph Vernet (1714-1789), recevra commande du roi d'une série de 24 peintures sur les ports de France, dont il ne réalisera qu'une quinzaine (musée national de la Marine).
Il y concilie une grande qualité de peinture et un témoignage sur son temps rigoureux et irremplaçable. Il sera en outre honoré du titre de "peintre de la Marine du roi".

Jean-François Hue prolonge l'oeuvre de Vernet, Ozanne et Puget bénéficient de nombreuses commandes royales. La Révolution n'interrompt pas ce mouvement et, sous la Restauration, Eugène Isabey ou Louis Garneray se spécialisent dans le domaine maritime qui ont fait leur notoriété. Ce dernier se voit en outre décerner le titre de "peintre du Grand Amiral de France". La Monarchie de Juillet, enfin, officialise les peintres de la Marine.

Mais au-delà de ces parcours et des ces fonctions officielles qui ne laissent émerger que quelques noms, il faut compter avec tous les peintres et dessinateurs qui accompagnèrent les expéditions militaires ou les missions de découverte dès le XVIème siècle. Car telle est la vocation essentielle des peintres de la Marine : participer aux opérations navales, aux missions de découverte, en garder mémoire et porter témoignage des terres, que ce soient les paysages ou les profils de côte, des hommes, de la faune ou de la flore par des peintures, des dessins, des gravures. Les récits seuls étaient en effet loin de pouvoir restituer avec précision ce que les marins et les découvreurs voyaient.

Un des plus connus parmi les premiers est le voyage en Floride de Jacques Le Moyne de Morgues en 1567.

Citons aussi Jacques Callot (1562-1635), graveur resté célèbre pour ses "Misères et malheurs de la guerre", qui décrira le siège de la Rochelle en 1618. Plus proches de nous dans le temps, Gudin accompagnera l'expédition d'Alger et la conquête qui s'en suivit, Delacroix embarquera pour une mission sur la Perle pour découvrir avec éblouissement le Maroc dont il tirera le plus grand profit pour son art, Garneray, authentique marin, parcourra toutes les mers du globe, fit la course avec Surcouf et vécut plus de huit ans prisonnier des anglais sur l'un de leurs exécrables pontons, Marin-Marie jeune homme, suivra le Commandant Charcot à bord du "Pourquoi-pas?"...

Et si nombre d'entre eux restèrent anonymes, ce n'est pas forcément par manque de qualité. La mer étant par nature dangereuse, les artistes connaissaient aussi les tempêtes, les naufrages et la disparition en mer comme ce fut le cas pour Duche de Vancy et les Prevost (oncle et neveu) avec La Pérouse dans le Pacifique.

La fin de la monarchie verra s'estomper progressivement dan ses brumes de l'histoire la peinture de marine officielle pour laisser peu à peu la place à une description de l'univers marin quotidien et serein, celui privilegié par les impressionnistes, les pointillistes, les fauves.
Certains parmi les grands noms de ces écoles porteront le titre de peintre de la Marine : Félix Ziem nommé en 1901, en est le précurseur.
Paul Signac, nommé en 1901, véritable marin puisqu'il possédera de nombreux bateaux et naviguera toute sa vie, sera en outre le découvreur de Saint-Tropez qu'il fit connaître à Matisse.
Albert Marquet, nommé en 1945, passera sa vie dans les ports, au bord des fleuves ou des canaux.
Citons aussi Charles Lapicque, (1948), François Desnoyer (1952) ou encore Roger Bezombes (1955), figures de proue d'un réalisme synthétique.

Ces artistes de renommée internationale donneront au corps des peintres de la Marine une garantie de qualité tout en l'assurant d'un éclectisme qui se prolonge.

L'expression plastique, les styles des peintres sont en effet variés, allant actuellement du néo-impressionnisme à la limite de l'abstraction en passant par l'hyperréalisme ou le symbolisme.

Les moyens d'expression sont eux aussi divers : graveurs, sculpteurs, photographes, sont accueillis au sein du corps et portent le titre générique de peintres de la Marine.
C'est la passion commune de la mer qui permet à des personnalités et à des tempéraments très divers de se connaître et de s'estimer, en un mot de faire corps.