Biographie

Né en 1957 à Dordrecht
Peintre officiel de la Marine agréé en 2005

« L’enfant est le père de l’homme », a écrit le poète anglais William Wordsworth en 1802. Cette formule paradoxale pourrait être l’exergue de toute biographie de Dirk Verdoorn, tant les premières années du peintre auront une influence significative sur son œuvre. Le parcours aventureux qui allait faire de lui un artiste, les thèmes privilégiés dans ses toiles et même certains éléments de son style peuvent en effet être reliés à son enfance nomade passée sur les canaux et rivières qui sillonnent l’Europe du Nord. Voyons cela de plus près.

Dirk Verdoorn naît en 1957 à Dordrecht, troisième enfant d’une famille qui en comptera six. Son père est marinier et Dirk grandit sur une péniche, au gré des chargements et des transports. Son goût des voyages lui fut donc très tôt révélé ; il aimait particulièrement les départs, lorsqu’il fallait lustrer le bateau, le rendre impeccable avant de larguer les amarres. Aujourd’hui, il dresse un premier parallèle avec son art : peindre les fonds de tableaux, ces ciels presque fauvistes qui contrastent avec l’extrême détail du sujet qu’ils vont accueillir, ce serait un peu comme préparer la péniche avant une nouvelle mission, puisque « peindre, c’est voyager ». De même, à la lenteur du déplacement sur les canaux correspond aujourd’hui le temps minutieusement passé à peaufiner ces toiles au réalisme saisissant. En outre, avoir passé quinze ans de sa vie à regarder le monde derrière un hublot laisse une empreinte : en l’occurrence, ce sera un goût pour les tableaux ronds et un signe distinctif en forme de traces de rouille qui tombent depuis le haut de la toile.

Pour occuper son temps sur la péniche de ses parents, le jeune Dirk dessine. Des bateaux, déjà, mais aussi des oiseaux, des paysages de rivages. Ces premiers essais lui valent des encouragements. On lui prédit une carrière artistique, mais M. Verdoorn ne veut pas entendre parler, pour son fils, de ce métier « diabolique ». « Je n’ai eu de cesse de persuader mon père du contraire », avoue aujourd’hui l’artiste, et ce défi essentiel trouve sans doute une traduction picturale dans certaines de ses toiles. Convaincre que l’impossible est réalisable, c’est aussi illustrer le travail du petit remorqueur aux prises avec un cargo apparemment trop lourd pour lui, ou la fierté d’un navire affrontant avec fougue la mer déchainée. De l’enfance de Dirk Verdoorn, retenons également son goût pour la France, pays qu’il découvre à l’occasion des chargements commandés à son père. La beauté de Paris, l’émerveillement devant les peintres de Montmartre, l’idéalisation des potentialités artistiques et intellectuelles qu’offre la cité compteront pour beaucoup lorsque, bien des années plus tard, Verdoorn choisira de s’établir en France puis d’adopter la nationalité française. Mais auparavant, il y aura eu une dizaine d’années de travail nomade : à 14 ans, Dirk commence en effet à travailler comme marinier, d’abord aux côtés de son père, puis, après son service militaire, en achetant sa propre péniche. De cette période où son intelligence spatiale lui fut aussi utile pour manœuvrer son navire dans les étroits chenaux qu’elle lui servira ensuite pour maitriser les perspectives cavalières, Verdoorn garde le souvenir d’un jeune homme « assoiffé de vie », qui choisissait ses voyages en fonction des destinations – et non de leur rentabilité – et qui pouvait refuser un chargement pour prolonger son séjour dans un endroit qui lui plaisait. La péniche finit cependant par être trop étroite pour ce garçon esthète et un peu nerveux, aussi, à 25 ans, il vend son bateau et s’établit sur terre. En France.

Commence un parcours digne d’un roman d’aventure. Verdoorn est d’abord ouvrier viticole quelque part dans l’Aube – quelle meilleure école pour le marin qui veut connaître la terre que de travailler dans les vignes ? – avant de s’installer à Nogent-sur-Seine - près d’une rivière, donc. Il anime une troupe de théâtre, peint des scènes hippiques sur les murs du bar tabac local. Son bon contact avec la jeune génération attire l’attention, on lui propose de s’occuper d’un groupe de pré-délinquants au sein du programme de l’Education nationale pour les adultes, le Greta. Titularisé dans la fonction publique, il demande, après avoir passé quelques années en région parisienne, une mutation « dans le Sud » et devient professeur de dessin au sein d’un lycée professionnel du Dorat, dans le Limousin. Aux élèves qui se destinent aux métiers de la mode, il apprend à saisir les corps et les drapés – si aujourd’hui les premiers se font rares dans ses toiles, les seconds peuvent se retrouver dans les éblouissantes textures qu’il donne aux vagues – après tout la surface de la mer est comme un tissu froissé par les vents. Lorsqu’il n’enseigne pas, Verdoorn mène une autre vie, à la quête d’une identité artistique : il crée des bas-reliefs abstraits à partir de morceaux de bois ramassés lors de ses promenades, il réalise des décors pour un théâtre de Limoges, il s’adonne à la production audiovisuelle en tournant des courts-métrages sur les Contes et Légendes du Limousin, et expose dans une banque locale ses premières toiles, abstraites - des formes géométriques sur lesquelles se reflète une lumière soignée.

Retour en région parisienne après trois années dans le Limousin. Comme conseiller en bilan de compétences, spécialisé dans les métiers d’art, Verdoorn intègre une équipe de psychologues, crée une batterie de tests destinés à évaluer la sensibilité artistique des candidats et devient consultant européen. Son goût pour les voyages trouve à se satisfaire dans cette expérience institutionnelle, puisque Verdoorn sera amené à parcourir l’Europe, allant de groupes de travail en conférences internationales. Il continue toujours à peindre, dans le garage de sa maison de Champigny-sur-Marne : cette fois, ce sont de gigantesques toiles sur lesquelles, dans un style expressionniste, il cherche à évoquer des sillages, des vagues, des jeux de voiles. « Ma période Turner », s’amuse aujourd’hui l’artiste lorsqu’il évoque les créations de cette époque. Trois nouvelles années s’écoulent. Une réorganisation du service dans lequel il travaille lui fait comprendre qu’il est temps de prendre le large : il demande et obtient sa mutation au centre de bilan de compétences du Var. Mais la diminution des budgets dédiés aux projets qu’il défend ont alors raison de son enthousiasme, et il décide de quitter l’Education nationale. Ce sera la fin d’une carrière administrative tout à fait remarquable pour quelqu’un qui a quitté l’école à 14 ans !

Dirk Verdoorn fonde alors un service de fournitures pour peintres (essentiellement des toiles et des cadres) : en se déplaçant pour prendre les commandes de ses étranges clients, il fait connaissance avec tout ce que la Côte d’azur compte d’artistes, plus ou moins éclairés. Certains d’entre eux deviendront des amis avec lesquels il fondera en 1997 l’éphémère groupe Ailleurs : Bernard Delheure, Jean-Luc Gosse, Serge Maumelat et Pierre Fonferrier. C’est d’ailleurs en appliquant la technique maxi-réaliste de ce dernier à ses propres sujets de prédilection – l’univers marin, les ports industriels, la mer dans tous ses états – que Verdoorn trouvera finalement son style. Parmi les peintres qui l’ont influencé dans cette démarche, il cite également Canaletto, Turner, Andrew Wyeth ainsi que Willem van de Velde le jeune – une référence qui n’étonnera pas lorsque l’on se remémore les marines soigneusement composées par ce précurseur. Voyant certains de ses clients réussir à vendre leurs œuvres dans des galeries, Verdoorn décide de tenter sa chance et ouvre à Saint-Paul de Vence, en 1997, un atelier destiné à faire connaître ses peintures. Dès le premier mois, le succès est au rendez-vous. « C’est alors que ma vie d’artiste a commencé. Mon existence allait devenir ce que j’avais toujours espéré », commente-t-il aujourd’hui. La reconnaissance institutionnelle ne tarde pas : en 2001, il reçoit une médaille de bronze au Salon de la Marine, puis, deux ans plus tard, la médaille d'or pour son portrait du porte-avions Charles de Gaule. En 2005, il est nommé peintre officiel de la marine et peut ainsi ajouter une ancre à sa signature. A Bois-Colombes, La Baule, Lyon, Miami, Monaco, New-York, Rotterdam, Singapour, et surtout Honfleur, les galeristes s’honorent de pouvoir le représenter. De prestigieux collectionneurs le remarquent, et les plus grands armateurs font appel à lui pour qu’il réalise des portraits de leurs navires – un peu comme, naguère, on ne pouvait pas être une véritable star de cinéma si l’on n’avait pas été photographié au Studio Harcourt. Après avoir habité quelque temps sur la Côte d’Azur, Verdoorn décide, avec son épouse Françoise, de s’installer en Italie, dans le talon de la botte, ce Salento où la vie est douce, où la mer n’est jamais loin. Pour un peintre qui se dit, et l’on partage cette impression, « romantique contemporain », cette touche de lumière du Sud vient compléter un tableau biographique bien original, et l’on songe alors à ce qu’André Maurois écrivait au sujet de Byron : « pour les romantiques, la vie est une œuvre ».

Jérôme Bastianelli